Communiquer la science : passer d’une discussion des faits à une discussion des préoccupations du public ?

Il ne s’agit pas simplement d’expliquer la science en langage simple, d’évoquer des récits passionnants ou d’utiliser des images, métaphores tirées du quotidien…

Catastrophes naturelles: communiquer pour sauver des                vies

Catastrophes naturelles: communiquer pour sauver des vies

28.11.2019 18:00 – 19:30 Bâtiment: Sciences II   Auditoire A300
Quai Ernest-Ansermet 30, 1205 Genève
Journaux, télévisions, radios, autant de médias par lesquels la population apprend, presque quotidiennement, qu’une nouvelle catastrophe naturelle faisant de nombreuses victimes s’est une nouvelle fois produite. Cependant, bien que les scientifiques communiquent toujours plus sur ces dangers, une prise de conscience populaire des risques encourus ne semble toujours pas réelle. Dès lors, comment rendre attentive la société et la préparer pour réagir au mieux en cas de catastrophes naturelles? Quelles nouvelles stratégies de communication et d’engagement communautaire seraient à même de sauver des vies? Iain Stewart, Chaire UNESCO en géosciences et société, professeur à l’Université de Plymouth, propose une remise en question totale des moyens de communication des scientifiques, qui sont seuls à pouvoir donner l’alarme.

Après plusieurs années de collaboration informelle, les sciences de la Terre de l’Université de Genève et de l’Université de Lausanne se sont associées en 1999, créant l’Ecole Lémanique des Sciences de la Terre et de l’Environnement, devenue aujourd’hui l’Ecole Lémanique des Sciences de la Terre: l’ELSTE.
L’ELSTE offre un Master ès sciences en sciences de la Terre conjointement entre l’UNIGE et l’UNIL. Forte de 50 enseignantes et enseignants, elle dispense une centaine de cours dans toutes les spécialités, de la géophysique à la pétrologie et la volcanologie, de la sédimentologie et la géologie des réservoirs à la gîtologie, de la paléontologie et la géochronologie à la géochimie isotopique, de la géologie alpine à l’analyse des risques.

Conférence en anglais avec interprétation simultanée en français!

Organisé par l’ Université de Genève, Faculté des sciences, Section des sciences de la Terre et de l’environnement


Pour mieux se préparer à la conférence, pour en discuter, ou pour approfondir après

Focalisé sur les questions géo-scientifiques, ce texte pourrait probablement s’appliquer aux sciences en général  – d’où notre mise entre parenthèse de (géo)sciences:
Selon Stewart, I. S., & Lewis, D. (2017, la communication des questions scientifiques et techniques complexes est rendue plus difficile par la méconnaissance du grand public de ces domaines. Par ailleurs plusieurs études cognitives mettent en évidence les inquiétudes des profanes à propos de la manipulation de la nature.

Lorsque les scientifiques tentent de répondre à ces préoccupations sur des questions (géo)scientifiques contestées, les informations factuelles pèsent moins que les valeurs et les convictions pour façonner les perspectives. D’après l’abstract de Stewart, I. S., & Lewis, D. (2017). encourage le lecteur à aller vérifier dans l’article d’origine :  ici

Passer d’une discussion des faits à une discussion des préoccupations du public ?

« Dans ce contexte, l’attention portée par les scientifiques à l’exactitude technique et l’accent mis sur le consensus professionnel risquent peu d’influencer de larges publics, dont les inquiétudes sont ancrées dans leurs sentiments d’appartenance locale, de confiance et de gouvernance, ainsi que d’équité et d’éthique. Reconnaissant de plus en plus que ce sont des facteurs sociaux plutôt que techniques qui suscitent le malaise du public et alimentent l’indignation de la communauté, les géoscientifiques doivent développer de nouvelles stratégies pour discuter avec des publics méfiants, et s’appuyer sur un changement de culture dans la géocommunication: passer d’une discussion des faits à une discussion des préoccupations. »
Traduction de l’abstract de Stewart, I. S., & Lewis, D. (2017).
les valeurs plus importantes que les faits ?
Fig 1: Les  principales conclusions tirées d’un large review sur ce qui influence les attitudes sur des questions controversées [img]. Source : Stewart, I. S., & Lewis, D. (2017).
Beaucoup de ces phénomènes sont fort bien décrits dans un ouvrage très accessible- en français

  • Delouvée, S., & Margot. (2011). Pourquoi faisons-nous des choses stupides ou irrationnelles?! Paris: Dunod.extraits intranet.pdf

Les attitudes qui ne sont pas formées par la logique ou les faits ne sont pas influencées par des arguments logiques ou factuels.

Stewart, I. S., & Lewis, D. (2017) extraient de très nombreuses recherches 4 messages pertinents à la communication scientifique:

Le premier message est que, lorsque l’information est complexe, les personnes prennent des décisions en fonction de leurs valeurs et de leurs convictions.
Le second est que les gens cherchent à affirmer leurs attitudes ou leurs croyances, aussi étranges soient-elles – une tendance appelée «affirmation d’identité»; en revanche, les individus rejetteront des informations ou des preuves allant à l’encontre de leurs attitudes et croyances aussi étranges soient-elles. Le fait que de nouvelles informations cohérentes avec ses propres croyances soient plus facilement considérées comme fiables et informatives que des informations qui les discréditent explique pourquoi les croyances changent très lentement et perdurent malgré les preuves contraires.

Le troisième message est que les gens font plus confiance à ceux dont les valeurs reflètent les leurs. Ces personnes ont tendance à se tourner vers leurs proches pour trouver des indices sociaux sur la manière d’agir, qui peuvent soit accentuer, soit diminuer l’acceptation sociale du risque à propos d’une question donnée. En conséquence, les individus prennent généralement des décisions plus risquées ou extrêmes au sein d’un groupe qu’en tant qu’individu.
Le quatrième est que les attitudes qui ne sont pas formées par la logique ou les faits ne sont pas influencées par des arguments logiques ou factuels.

Dans ce même article les auteurs relèvent que l’inquiétude causée par divers risques est d’autant plus basse qu’ils sont familiers. C’est un constat établi depuis longtemps (Slovic, 1987), mais a des conséquences sur la manière de comprendre les inquiétudes et de communiquer efficacement.

La perception des risques par le public. Les 2 axes sont            : les plus inqiuétants à droite / les plus incunnus en haut
Fig 2: La perception des risques par le public. Les 2 axes sont : En X, les plus inquiétants à droite / en Y les plus inconnus en haut. [img]. Source : Stewart, I. S., & Lewis, D. (2017). D’après Slovic (1987).

Il ne s’agit pas simplement d’expliquer la science en langage simple, d’évoquer des récits passionnants ou d’utiliser des images, métaphores tirées du quotidien…

Les auteurs concluent que les scientifiques devraient devenir de meilleurs communicateurs. Mais une meilleure communication ne signifie pas simplement expliquer la science en langage simple au lieu de jargon, évoquer des récits convaincants ou utiliser des images, métaphores et analogies tirées du quotidien. Cela signifie communiquer le savoir scientifique des chercheurs dans des espaces sociaux renouvelés, présenter des informations dans une environnement facilitant, sans reproche ou condescendance, et instaurer la confiance entre les parties prenantes.
Mais cela signifie également entendre les points de vue des non-experts sur leur compréhension informelle (et souvent techniquement erronée) des questions (géo)scientifiques afin de discerner les véritables racines des préoccupations locales et de réduire ainsi la propension à l’indignation de la communauté.
En d’autres termes, en plus d’apprendre à «mieux parler», les communicateurs en (géo)sciences vont devoir apprendre à «mieux écouter».
encourage le lecteur à aller vérifier dans l’article d’origine :  ici
La conférence de Ian Stewart sera une belle occasion d’aborder ces questions qui concernent tous les enseignants – parce qu’ils forment les futurs citoyens: 28.11.2019 18:00 – 19:30 Bâtiment: Sciences II   Auditoire A300 Quai Ernest-Ansermet 30, 1205 Genève
Références:
  • Slovic, P. (1987). Perception of risk. Science, 236(4799), 280‑285.
  • Stewart, I. S., & Lewis, D. (2017). Communicating contested geoscience to the public : Moving from ‘matters of fact’ to ‘matters of concern’. Earth-Science Reviews, 174, 122‑133. https://doi.org/10.1016/j.earscirev.2017.09.003

Remerciements à Laura Weiss pour une précieuse relecture

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