Ce qui a le plus fort impact sur l’empreinte carbone et les recommandations les plus fréquentes…

L’attachement au développement durable inscrit dans la loi Genevoise

Partout des voix jeunes et moins jeunes s’élèvent pour demander des changements, pour protéger un environnement favorable. Dans un courrier du 26 septembre la présidente du département de l’instruction publique à Genève, Anne Emery-Torracinta, souligne  » toute l’importance que le département accorde aux enjeux du développement durable et au rôle que l’école doit jouer en la matière. »
La loi sur l’instruction publique (article 10) en fait même une des finalités de l’école, puisqu’il s’agit de « rendre chaque élève progressivement conscient de son appartenance au monde qui l’entoure, en éveillant en lui le respect d’autrui, la tolérance à la différence, l’esprit de solidarité et de coopération et l’attachement aux objectifs du développement durable ».
Plus d’informations sur l’action du DIP en vue du développement durable (DIP21) : https://edu.ge.ch/site/edd

Quels changements auraient le plus d’impact sur le climat ?

S’il est délicat de prescrire les comportements individuels, et si inciter à des choix politiques n’est pas du ressort des cours de science, la question de ce qui serait plus ou moins efficace comme changements de comportements individuels pour informer les citoyens en devenir est une question scientifique. Plutôt que chercher des responsables dans le passé, dans une perspective tournée vers les actions possibles de chacun pour le futur, des recherches récentes apportent des réponses qui peuvent aider chacun à décider ce qu’il veut faire – ou non.
Dans le même registre Jump-To-Science avait présenté en février une recherche sur les impacts carbone des modes de production de nourriture
Dans une News de la revue Science, Sid Perkins ( 2017) résume une analyse dans  Environmental Research Letters par Wynes, S., & Nicholas, K. A. (2017). Pour pour déterminer si les actions recommandées sont celles qui pourraient avoir le plus d’impacts sur le bilan carbone,  ils ont comparé les recommandations dans les ouvrages éducatifs et gouvernementaux (au Canada) avec les changements  de mode de vie qu’un individu pourraient faire pour réduire sa contribution aux émissions Carbone

Il s’avère que les mesures les plus efficaces ne sont pas souvent mentionnées, et que celles qui sont largement promues ont relativement peu d’effet.  Le titre le dit bien  » The climate mitigation gap: education and government recommendations miss the most effective individual actions » Recycler et utiliser les transports en commun sont très bien si vous voulez réduire votre empreinte carbone, mais ce ne sont pas ces efforts-là qui font le plus de différence ! dit Sid Perkins.

encourage le lecteur à aller vérifier dans l’article d’origine :  ici

Fig 2: La longueur des barres représente la fréquence des recommandations dans des ouvrages éducatifs (Canada), la couleur présente les actions qui ont le plus d’impact par catégorie. De haut en bas, vert = impact élevé, bleu = impact  modéré, jaune = impact faible. Gris = action politique qui n’a pas été quantifiée. [img]. Source : Wynes, S., & Nicholas, K. A. (2017)
De nombreuses action couramment préconisées, telles que réduire les emballages ou échanger des ampoules à incandescence contre des LED, n’ont qu’un impact modéré (voir le tableau ci-dessous), rapporte l’équipe de  Wynes, S., & Nicholas, K. A. (2017).

encourage le lecteur à aller vérifier dans l’article d’origine :  ici
Ils mettent en évidence quatre choix de vie qui peuvent avoir un impact majeur: devenir végétarien, renoncer aux voyages aériens, laisser tomber sa voiture et, plus important encore, avoir moins d’enfants. Ce sont des choix que chacun n’est pas prêt à faire… D’ailleurs le propos de l’article n’est pas d’imposer ce que chacun doit faire, mais de fournir des données qui peuvent guider les choix citoyens.

L’exposé des données a fait réagir !

L’énoncé des impacts dans les médias et la vulgarisation a suscité une forte réaction. En particulier cette infographie (cf. Fig. 2) produite par l’AFP à partir des données dans la Figure 1 de Wynes, S., & Nicholas, K. A. (2017) a suscité de nombreuses réactions outrées.

Post image

Fig 3: Les changements de comportement qui ont plus d’impact pour réduire l’empreinte carbone [img]. Source : AFP d’après [img] Wynes, S., & Nicholas, K. A. (2017)

Comparer des changements de comportements possibles…

De nombreuses personnes se sont indignés (cf ici) qu’on puisse comparer des appareils à un enfant -  ce qui n’est pas la comparaison que font les chercheurs : il comparent les effets sur la production  de carbone de divers changements de comportements et les mettent en rapport avec les mesures proposées dans des livres et des recommandations proposées aux jeunes (au Canada – une sondage confirme que c’est le cas aussi en UE, aux USA, en Australie).
encourage le lecteur à aller vérifier dans l’article d’origine :  ici

Distinguer une injonction et des données qui peuvent aider à  prendre des décisions

D’autres se  sont indignés qu’on ose inciter à avoir moins d’enfants, que la démographie ne doit pas être un prétexte pour blâmer les pays du tiers-monde ou certains groupes de population d’un problème causé par les plus aisés des pays riches ou qu’on se mêle de la vie privée des gens. C’est un débat important mais cet article n’aide pas à y répondre.

Poser le problème en termes de culpabilité ou chercher ce qu’on peut faire ?

D’autres ont mis en exergue un article du Matin (tiré du livre Vale, R., & Vale, B. (2009) suggérant qu’avoir un chien produirait plus de Carbone qu’un 4×4. Or Wynes, S., & Nicholas, K. A. (2017) ont écarté la question des animaux de compagnie car « Only two studies with conflicting results could be found for dog ownership » .

Ce qui est intéressant est implicite : désigner une autre cause – de préférence plus coupable – disculperait son propre comportement.
Plutôt que chercher des responsables, dans une perspective de changements possible, et quelle que puisse être l’intention prescriptive possible des auteurs, on peut le prendre avec du recul ; et pas dans le sens de  ce que les gens doivent faire, ni à qui revient la faute. Avec un peu d’esprit critique, il donne des informations qui aident  de décider en connaissance de cause ce que nous voulons – dans nos pays riches – faire ou non.

Faut-il faire quelque chose ?

Aider à décider correspond à un des objectifs fondamentaux  de la science selon les plans d’étude : p.ex. le PER indique dans son commentaire général à propos des sciences qu’ « elles visent […] à permettre aux élèves : […] d’identifier des questions, de développer progressivement la capacité de problématiser des situations, de mobiliser des outils et des démarches, de tirer des conclusions fondées sur des faits, notamment en vue de comprendre le monde naturel et de prendre des décisions à son propos, ainsi que de comprendre les changements qui sont apportés par l’activité humaine ; » CIIP. (2011). Plan d’études Romand. Romandie, Suisse: Conférence intercantonale de l’instruction publique de la Suisse Romande et du Tessin La mise en gras est de Jump-To-Science.

Aider à se faire une opinion, même si ce n’est pas la mienne …

Gageons que ces recherches feront réagir, et espérons que les élèves ne nous croiront pas, ne rejetteront pas mais iront vérifier dans l’article d’origine :  ici (Wynes, S., & Nicholas, K. A., 2017). Ce serait une  attitude scientifique … Dans certains contextes scolaires on pourrait le leur donner et discuter les méthodes de calcul avec eux voire trouver des études plus récentes. La science avance  :-)

Références:

  • CIIP. (2011). Plan d’études Romand. Romandie, Suisse: Conférence intercantonale de l’instruction publique de la Suisse Romande et du Tessin,.
  • Perkins, S. (2017). The best way to reduce your carbon footprint is one the government isn’t telling you about.  Science News, 11 juillet 2019  | https://www.sciencemag.org/news/2017/07/best-way-reduce-your-carbon-footprint-one-government-isn-t-telling-you-about
  • Vale, R., & Vale, B. (2009). Time to Eat the Dog? : The Real Guide to Sustainable Living (1st Ed.). London: Thames and Hudson Ltd.
  • Wynes, S., & Nicholas, K. A. (2017). The climate mitigation gap : Education and government recommendations miss the most effective individual actions. Environmental Research Letters, 12(7), 074024. https://doi.org/10.1088/1748-9326/aa7541
Cette entrée a été publiée dans Perspective sur les savoirs, Savoirs en classe, Savoirs en sciences. Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.

Les commentaires sont fermés.