La science comme démarche de rigueur critique à enseigner vs. les scientifiques … humains parfois imparfaits

Enseigner que la science est pratiquée par des gens imparfaits ou équiper les élèves d’outils rigoureux pour comprendre le monde ?

La publication précédente: Dix femmes ou hommes qui ont compté en 2017 selon la revue Nature a suscité des réactions…. L’inclusion d’un climatosceptique qui démantèle l’agence pour l’environnement a pu surprendre… nature a choisi de ne pas tomber dans le négationnisme du négationnisme. Par ailleurs, la référence à Jennifer Byrne, qui traque les erreurs et les faux dans les articles scientifiques a fait réagir Didier Perret, du Chimiscope : les Geneva Chemistry and Biochemistry Days 2018 18-19 janvier, invitent des chercheurs renommés que les enseignants de science apprécieront !
Ben Feringa, Prof. (Prix Nobel en chimie 2016); Rijksuniversiteit Groningen (NL)
Laura Gagliardi, Prof.; University of Minnesota (USA)
Bruno Lemaitre, Prof.; École Polytechnique Fédérale de Lausanne (CH)
Luis Liz-Marzán, Prof.; CIC biomaGUNE, San Sebastian (E)
Il se trouve que Bruno Lemaitre est un chercheur de renom, mais aussi l’auteur d’un texte sur l’importance de l’ego dans les carrières scientifiques. C’est évidemment en tant que chercheur qu’il fera son exposé ouvert au public, précise Didier Perret. Mais la question revient encore : quelle science présenter aux élèves ? Une science idéalisée, ou une science qui est parfois approximative, influencée par les lobbys et les valeurs et les ego des chercheurs.

Dans le contexte scolaire, le débat gagnera en clarté si on résout deux confusions : a) la confusion entre la recherche et ses applications, b) la confusion entre la démarche scientifique (une démarche rigoureuse de validation critique au degré de certitude délimité) et les humains qui font la recherche (imparfaits, influencés par la société, susceptibles de tous les travers de notre espèce).

La science… ne confondons pas une démarche qui rend libre et les humains imparfaits qui la font, ou ses applications dangereuses parfois.

La science était autrefois perçue comme une référence indiscutable. Quand quelque chose était « scientifiquement prouvé » le public l’acceptait le plus souvent. Des évènements comme Seveso, la mort des forêts, la vache folle, le sang contaminé, Fukushima, ont probablement contribué à une la perte de confiance du public. La science n’est plus une référence idéologiquement forte elle est devenue parfois suspecte.

Dans le contexte scolaire, le débat gagnera en clarté si on résout deux confusions : la confusion entre la recherche et ses applications, la confusion entre la démarche scientifique (une démarche rigoureuse de validation critique au degré de certitude délimité et maîtrisé) et les humains qui font la recherche (imparfaits, susceptibles des travers de l’humanité).
Il ne faudrait pas jeter le bébé avec l’eau du bain : si des humains ont commis des erreurs, des faiblesses voire des malversations en prétendant faire de la science, si certains ont pris des décisions dangereuses en se prévalant de la science, cela ne signifie pas qu’apprendre aux élèves une démarche idéalisée n’a plus de sens. Les aider à développer un outil de pensée citoyenne qui libère et leur donne de la force pour comprendre, prédire et décider dans un monde complexe, est d’autant plus utile que c’est l’esprit critique propre à la science qui permet de débusquer les tricheurs et les conflits d’intérêts.  Qu’ils acquièrent le réflexe de demander   » sur la base de quoi vous dites ça ? Comment ont été établies vos données ..? Vos données confirment-elles vos affirmations … ?  » c’est leur donner la force contre les « vérités alternatives ».

La confusion entre le processus de la recherche et le processus de son application; ingénierie, médecine, médias

Dans le cas du sang contaminé ce sont ceux qui ont traduit les résultats de la recherche scientifique en consignes médicales forcément tranchées, qui puissent être appliquées sans hésitations, qui ont failli, pour des raisons diverses. Le contraste entre la recherche et la traduction en consignes simples est flagrant : d’un coté des publications avec leur degré d’incertitude, les débats et la discussion prudente de leurs limites, de l’autre des décisions claires sur les tests à faire, les personnes contre-indiquées pour le don, etc..
D’un côté des affirmations prudentes de cette forme  :  nos résultats sont compatibles avec l’hypothèse que la pollution de l’air contribue à l’accroissement du taux d’arbres atteints dans les forêts suisses de l’autre des articles sensationnalistes s’y réfèrent avec des titres du genre la mort des forêts est bien causée par le trafic routier !.
Les journalistes arguent que le lecteur ne peut pas entrer dans le détail et veut des résultats simples. Probablement aussi que les propos sensationnalistes – surtout s’ils font réagir les pro et les anti – font vendre…

Le problème de la pensée simpliste?

On comprend que les politiciens, les autorités sanitaires, les médecins ont besoin de transformer ces nuances en décisions, forcément tranchées.  Lorsque ces décisions sont mauvaises le processus qui transforme la science en décisions est à repenser.
En filigrane rôde la pensée simpliste … que les choses peuvent être simplement vraies ou fausses.  Alors que le monde est complexe.

« Le plus grand péché intellectuel que nous, les éducateurs, commettons est de simplifier à l’extrême la plupart des idées que nous enseignons afin de les rendre plus facilement transmissibles aux apprenants. En plus de retirer les idées de leurs contextes naturels pour l’enseignement, nous dépouillons également les idées de leurs repères et de l’information contextuels et distillons les idée dans leur forme «la plus simple» afin que les élèves les apprennent plus facilement. Mais qu’apprennent-ils? Que la connaissance est séparée de la réalité et le monde est prévisible et simple. Mais le monde n’est pas fiable et simple, et les idées reposent sur les contextes dans lesquels elles se produisent » Jonassen, D. H. (2003). p.8 trad. personnelle

La confusion entre un processus de validation et les gens qui font de la science … humainement

La deuxième confusion est entre ce processus de la science et les gens qui font la recherche : des humains, parfois rigoureux, parfois véreux, parfois emportés par leur enthousiasme, parfois fatigués, parfois aveuglés par leurs idéologies écologistes (ici), ou secrètement payés par l’industrie du tabac (affaire Rylander) …  C’est justement parce qu’ils n’ont pas pratiqué cette démarche rigoureuse de validation qu’ils ont publié des résultats biaisés. Sans vouloir analyser ces faiblesses (Latour, B., & Gille, D. (2001), il me semble que ce n’est pas la science comme démarche intellectuelle qui est en cause, c’est le  constat que les humains ne l’appliquent pas toujours …   Ce texte ne veut pas discuter de la manière dont les humains font la recherche, mais rapporté au contexte pédagogique  défendre l’idée qu’enseigner  la démarche rigoureuse et critique de la science idéale est très important. Surtout pour ceux qui ne deviendront pas chercheurs mais citoyens, électeurs, consommateurs et même si les scientifiques ne la pratiquent pas toujours.

Dans la publication précédente(ici) Jennifer Byrne a pourchassé des pratiques qui n’étaient pas rigoureuses, pas scientifiques en somme. C’est en appliquant cette rigueur de démarche scientifique critique qu’elle les a débusqués.  Donner aux élèves de cette compétence c’est leur donner de la force d’être acteur critique dans monde complexe plutôt que victime passive et outrée d’un monde pourri.

Cette publication a suscité une réaction de Didier Perret, du Chimiscope :

Il  recommande la lecture de « An essay on science and narcisism – How do high-ego personalities drive research in life science » (Bruno Lemaitre; 2016) . C’est un excellent coup de fouet pour se rappeler que ceux qui pratiquent la science ne sont malheureusement pas toujours uniquement à la recherche d’idéaux utopiques et nobles et que la recherche  s’organise parfois selon des règles dictées, intentionnellement ou non, par un petit nombre de scientifiques dont l’égo n’a d’égal que la notoriété qu’ils recherchent, au détriment de la communauté scientifique et souvent de la Science.


Justement, la section de Chimie et Biochmie a invité Bruno Lemaitre aux Geneva Chemistry and Biochemistry Days 2018, où il ne nous parlera pas de narcissisme, mais de sa recherche honnête et humble en immunologie.


Geneva Chemistry & Biochemistry Days 2018

18.01.2018 09:00 – 19.01.2018 12:00
4 orateurs de renom international, dont Ben Feringa, Prix Nobel en chimie 2016, et 15 doctorants en fin de thèse présentent l’avancement et les perspectives de la recherche en chimie et en biochimie.

Événement ouvert au grand public, sans inscription.

Intervenants

Ben Feringa, Prof. (Prix Nobel en chimie 2016); Rijksuniversiteit Groningen (NL)
Laura Gagliardi, Prof.; University of Minnesota (USA)
Bruno Lemaitre, Prof.; École Polytechnique Fédérale de Lausanne (CH)
Luis Liz-Marzán, Prof.; CIC biomaGUNE, San Sebastian (E)
+ 15 doctorants de la Section de chimie et biochime Lieu  Bâtiment: Sciences II Auditoire J.-C. Galissard de Marignac, A300

Contact: didier.perret@unige.ch
Plus d’informations :  http://www.unige.ch/sciences/chimie/fr/conferences/

GenevaDays2018_flyerLR.pdf 1.79 MB
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