Martin Beniston, Les réseaux sociaux vont-ils détrôner la réflexion scientifique sur la question climatique?

Le changement climatique : une question vive politiquement, mais qui ne fait plus débat dans la science

Dans le monde scientifique, le changement climatique n’est plus un débat, ce qui fait débat est comment réaliser le virage énergétique.  Par exemple Goldthau, A. (2017) discute les différentes stratégies et la gouvernance a appliquer

L’argumentation scientifique écartée, les scientifiques parfois menacés …

Pourant depuis le retrait des USA des accords de Paris, les climatosceptiques ont repris du poil de la bête.

La communauté scientifique  a réagi : voici quelques exemples dans Nature

Et les attaques contre la rigueur et l’argumentation scientifique sont de moins en moins voilées, les « faits alternatifs » souvent considérés à pied d’égalité avec des données scientifiques soigneusement discutées. Et les réseaux sociaux plus influents que les revues comme Nature ou Science.  Sur ce thème le professeur Martin Beniston de l’UNIGE est particulièrement bien placé pour parler : Il a coordonné le GIEC, il est lauréat du prix Nobel de la paix 2007 attribué collectivement au Groupe d’experts intergouvernementaux sur l’évolution du climat (GIEC),

Il montre dans son interview  « Un tweet contre 30 ans de recherche ! » que les messages alarmistes ne sont pas efficaces :

 » Le message alarmiste et pessimiste des années 1990 a été improductif pour faire réagir les gens. Des questions comme celles de la transition énergétique permettent au contraire d’aborder la question climatique comme la mise en oeuvre d’une nouvelle aventure économique et industrielle »

Parfois même les scientifiques sont attaqués personnellement.

L’enseignement des sciences prépare-t-il bien à prendre en compte les apports de la science pour décider ?

Cette transformation du rapport à la validation des savoirs où tout se vaut met en évidence cruellement un déficit de compétence scientifique  : est-ce que nos élèves sortant de l’école savent distinguer un fait alternatif de résultats scientifiques ?

Comment distinguent-ils ces faits si on leur a fait apprendre une liste de conclusions de la science (comment distinguent-ils  ces faits d’autres faits alternatifs?) , de formules à appliquer (comment distinguent-ils  ces modèles d’autres explications plus facilement acceptables) ?

Savent-ils chercher les données, les mettre en perspective en fonction des méthodes, ont-ils vu et pratiqué l’argumentation rigoureuse de la portée et validité des conclusions, le débat qui teste et valide ces conclusions ?
Ces compétence scientifiques fondamentales sont-elles solidement construites chez les futurs citoyens ?  Au moins un peu  ? Ou sous la pression des programmes se contente-t-on de leur faire apprendre par coeur des lois et des règles à appliquer mécaniquement,  des cycles et des descriptions à reproduire … ?

L’importance de développer chez nos élèves une bonne compréhension de la manière de construire un savoir en science  est plus cruciale que jamais.
Elle n’est pas facile car elle remet en question le rôle de l’enseignant : s’il affirme sans argumenter sans susciter le scepticisme il applique l’argument d’autorité, et la science n’est plus une autorité perçue comme indiscutable ( ce qu’elle ne peut pas être en fait)   !
Est-ce bien en affirmant « c’est vrai parce que je le dis et j’ai un master en sciences » qu’on développe la compétence scientifique aidant nos futurs citoyens à distinguer un fait alternatif d’une conclusion scientifique…

Qui leur donne la  compétence de valider leurs connaissances dans un monde où chacun se proclame expert sur les réseaux sociaux ?
Qui développe chez eux le réflexe scientifique  de demander : où sont vos données ? comment les avez-vous obtenues ? en quoi étayent-elles vos conclusions ?
Ne me croyez pas .-))  venez trouver quelques éléments pour construire votre réflexion :
Au moment de partir à la retraite, Martin Beniston viendra discuter lundi prochain si « Les réseaux sociaux vont-ils détrôner la réflexion scientifique sur la question climatique?  »

L’annonce de la conférence

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La question des changements climatiques, certainement l’une des principales préoccupations environnementales de ces trois dernières décennies, a révélé le clivage grandissant entre une science se voulant rigoureuse d’une part, et de nombreuses dissensions exprimées par des représentants du monde politique, économique et du grand public d’autre part. Depuis une dizaine d’années, le phénomène s’est amplifié avec l’avènement des réseaux sociaux et de l’information instantanée de l’Internet. Aujourd’hui, des tweets de 140 caractères ont, dans l’esprit de trop nombreuses personnes, autant de poids que des décennies de recherche fondamentale. Les scientifiques eux-mêmes ne sont pas toujours au-delà de tout reproche : souvent élitistes, parfois trop alarmistes, nombreux sont les chercheurs qui peinent à répondre correctement aux questions légitimes du public.
Le lundi 12 juin à 18h30 (Auditoire A300, Sciences II), le professeur Martin Beniston, directeur de l’Institut des sciences de l’environnement de l’Université de Genève (UNIGE), présentera sa leçon d’adieu intitulée « Les réseaux sociaux vont-ils détrôner la réflexion scientifique sur la question climatique? ». Il reviendra sur certains aspects du climato-scepticisme, parfois ancrés dans une rhétorique scientifiquement non fondée, souvent influencée par de puissants lobbies. D’une stratégie cherchant à semer le doute jusqu’aux insultes et menaces proférées à l’encontre des chercheurs, le climato-scepticisme a réellement freiné le monde politique dans sa quête d’une solution urgente à la question climatique. Martin Beniston se penchera également sur certains travers du monde académique ultra-compétitif d’aujourd’hui qui, notamment par la course aux publications, ne donne plus le temps aux chercheurs de simplement réfléchir de manière pondérée à leurs domaines.
Dans la dernière partie de son exposé, Martin Beniston fera un bref inventaire des défis scientifiques qui attendent les jeunes générations de chercheurs. Car la question climatique ne se résume pas seulement à une perturbation d’un élément de la physique de notre planète. Les nombreuses implications du climat pour l’environnement naturel et pour de multiples secteurs économiques et sociaux font de ce domaine un point de convergence unique pour entreprendre des recherches réellement pluridisciplinaires. Retrouvez plus d’informations  ici

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