Qu’en est-il de l’avenir enneigé de nos montagnes ?

Chacun aura eu l’occasion d’observer le recul de glaciers, s’interroger sur le manque de neige et l’opportunité des canons à neige pour compenser… Il s’agit là d’un thème très émotionnel en Suisse dont l’identité est liée aux Alpes. Un article récent issu du groupe du Prof. Martin Beniston de l’Université de Genève analyse l’évolution du manteau neigeux des années 2000-2010 notamment en Valais. Ces données présentent l’ampleur du phénomène et fournissent des données précises pour des décisions concernant l’avenir des stations de ski, et offrent aux enseignants des données authentiques comme base de discussions en classe.

Actuellement de nombreuses observations sur le climat ont pu mettre en évidence d’importants changements dans les régimes de précipitations et une hausse globale des températures saisonnières.

Parmi les régions terrestres soumises à ces changements, les zones montagneuses semblent particulièrement touchées avec d’importantes variabilités dans l’épaisseur du manteau neigeux et une fonte précoce des neiges accumulées. La conséquence est une diminution des réserves saisonnières et ainsi des difficultés dans la gestion de l’eau. Rappelons ici que les régions de montagne fournissent de l’eau potable à environ la moitié de la population mondiale et sont de véritables réservoirs pour la production d’hydroélectricité et à des fins d’irrigation.

L’étude présentée dans cet article appartient au projet ACQWA (Assessing Climate impacts on the Quantity and quality of Water, http://www.acqwa.ch, un grand projet international initié et coordonné par le Prof. Martin Beniston, Institut des Sciences de l’Environnement, UniGE). Ce projet propose une analyse du manteau neigeux, sur une période de 10 ans (2000-2010), de deux zones montagneuses, comprenant trois régions. Deux situées en Europe avec la plaine du Pô (Italie) et la partie supérieure du Rhône (Canton du Valais, Suisse) et  une située en Asie centrale, le Syr-daria au Kirghizistan. Les données satellitaires utiles à cette étude ont été fournies par l’instrument MODIS (MODerate-resolution Imaging Spectroradiometer), quand aux données topographiques, elles ont été récupérées à partir du modèle numérique d’élévation SRTM (DEM) (http://srtm.csi.cgiar.org/).

Le tableau 1 ci-dessous, donne un aperçu des principales caractéristiques des trois régions.

Tableau 1 : données topographique des trois régions étudiées

Tableau 1 : données topographique des trois régions étudiées. (source Dedieu, J.P., et al., 2014)

Les résultats obtenus par l’étude

La figure 1 ci-dessous, présente la dynamique du manteau neigeux sur les dix années pour les trois régions. Avec une palette de couleurs allant du bleu, pour un manteau neigeux stable d’année en année, jusqu’au rouge pour d’importantes variations qui indiquent ainsi un régime non-régulier dans le nombre de jours de précipitations.

Figure 1 : Dynamique du manteau neigeux des trois régions pour la période 2000-2010. De gauche à droite est présenté le Valais, la plaine du Pô et le Syr-daria. (source Dedieu, J.P., et al., 2014)

Pour la région du Rhône il y a quelques écarts par rapport aux valeurs moyennes, rarement  plus de 40 jours. Les zones glaciaires (au-dessus de 3000 m) restent constantes sur les dix ans (5 jours et moins d’écart) quelle que soit leur orientation (par exemple, le glacier d’Aletsch avec une orientation sud, ou une orientation nord pour le glacier d’Arolla). L’enneigement de cette zone semble cohérent sur ​​l’ensemble de la période. Pour la région du Pô, on constate que les contreforts du Piémont présentent des zones avec plus de 40 jours d’écart. Comme pour le Rhône, la couverture de neige sur les zones glaciaires (Mt Blanc, Mt Rose) est cohérente sur l’ensemble de la période 2000-2010.  Quand au Kirghizistan, deux régions à l’est (le Tian Shan), avec des altitudes autour de 3000 m peuvent être identifiées avec plus de 40 jours d’écart.

Quelles peuvent-être les causes des écarts observés ?

Pour cela analysons la figure 2 ci-dessous, qui compare, 2000-2010 avec celles de 1961 à 1990,  les températures et les précipitations mensuelles moyenne pour le Rhône, Pô et le Kirghizistan. On remarque que les mois d’hiver (Décembre, Janvier et février) montrent  pour le Rhône, des températures en augmentation de 0,53°C et des précipitations qui diminuent légèrement de 17,81 mm. Pour la région du Pô, on notera une élévation de température de 1,54°C et une augmentation des précipitations de 6,44 mm. Les mois d’été (juin, juillet, et août) présentent une augmentation de la température moyenne de 1,41°C pour le Rhône et 2,64°C pour la région du Pô, et les précipitations augmentent respectivement de  8.39 mm et  20,43 mm.

Figure 2 : Comparaison de la période de 2000-2010 avec celle de 1961-1990, des précipitations et des températures pour les trois régions. (source Dedieu, J.P., et al., 2014)

En Asie centrale, on observe une augmentation des températures de 2,56°C et une augmentation des précipitations de 1,83 mm en hiver. En été les variations sont les suivantes: + 0,77°C et  + 2.81mm pour les températures et les précipitations.

Globalement, pour toutes régions confondues, les précipitations restent assez stables (variations positives ou négatives de quelques mm), cependant les températures ont tendance à augmenter en hiver, ce qui n’est évidemment pas très compatible avec une bonne couverture neigeuse… Le tableau 2, ci-dessous résume la situation.

Tableau 2 : Les températures annuelles ont augmenté de plus de 1°C au cours des 10 années de l'enregistrement, à la fois en Europe et en Asie centrale. Les changements de précipitations sont moins marqués, avec de légères baisses dans le Rhône (-23 mm), et de petites augmentations au Kirghizistan (30 mm) et dans le bassin du Pô (38,59 mm). (source Dedieu, J.P., et al., 2014)

Il semblerait ainsi que la hausse de température observée sur cette période de 10 ans et la position géographique de la région (discutée plus en détail dans l’article, notamment au sujet de l’Oscillation Nord Atlantique) seraient les causes principales des écarts rencontrés.

En guise de conclusion

Les cartes sur la dynamique du manteau neigeux (figure 1) mettent en évidence en un clin d’œil, pour les trois régions, des secteurs très précis où le maximum de déviation s’est produit au cours de la décennie. Elles définissent ainsi des zones sensibles où le manteau neigeux saisonnier est en danger. Ces régions comprennent les contreforts de moyenne altitude (1500 m d’altitude avec une orientation sud-est) pour l’Europe et les hauts plateaux (3000 m) au Kirghizistan.

La lecture de cet article soulève donc un certain nombre de questions : le rêve blanc, « Or blanc» pour certains, est-il inévitablement sur la voie de s’estomper ? Une réflexion sur l’avenir des stations de ski de moyenne altitude (pré-alpes) est-elle nécessaire ? Et qu’en est-il alors des réserves d’eau et de leur gestion ? Tant de questions qui restent encore en suspens… Cependant l’article propose un panorama d’avenir sur l’évolution du couvert neigeux pour diverses régions, offrant ainsi une possibilité aux acteurs concernés de pouvoir agir en conséquence et aux enseignants des données authentiques comme base de discussions en classe.

Je tiens à remercier le Prof. Dr. Andreas Müller et le Dr. François Lombard de l’Université de Genève pour leurs remarques et commentaires sur les versions préliminaires de ce texte.

Références :

Modifications : ajout de  Jollien, (2016)

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